Parce que nous sommes des pédagogues, nous nous sommes posé
des questions sur nos façons d’apprendre. Et voyager, c’est une excellente
façon d’apprendre.
Nous avons vécu constamment un conflit cognitif parce que nous avons été déstabilisées;
l’Islande, ça ne ressemble à rien de ce que qu’on connaissait déjà. Alors, nous
avons fait appel au paradigme
socioconstructiviste: on s’est abondamment parlé pour construire nos
connaissances. Par exemple, lorsque nous arpentions la région de Myvatn, avec
Michaël et Émilie, on avait tout plein de questions: pourquoi Geysir ne
saute-t-il plus? (Il semble qu’il soit bouché…) Pourquoi l’eau est-elle si
laiteuse dans les bains? Pourquoi certains sols sont-ils rouges, alors que
d’autres sont ocres ou noirs? On formulait des hypothèses, à tour de rôle,
jusqu’à ce qu’on trouve une réponse plausible… ou qu’on demande à dieu (le dieu
Google, évidemment!)
La taxonomie de Bloom
Dans sa taxonomie de l’apprentissage, Bloom indique que
chaque apprenant doit passer par six stades, du plus «facile» au plus
«difficile», pour acquérir des connaissances.
1. Connaissance:
nous avions lu sur l’Islande avant de partir. On avait donc des connaissances
théoriques. Mais elles étaient limitées parce que ce qu’on a vu, c’était
infiniment plus complexe que ce qu’en disaient les livres. On avait un désir
d’apprendre… qui n’a pas toujours été comblé. Par exemple, on aurait voulu plus
d’explications sur les réservoirs du Dôme, à Reykjavík, là où est stockée l’eau
chaude qui alimente la ville. Ce qu’on a su, c’est par notre guide de voyage…
parce que, sur place, aucune affiche n’expliquait ce que c’était. Poche. Parce
qu’on voulait savoir.
2. Compréhension:
nos difficultés de compréhension sont venues de l’absence d’explication dans la
plupart des sites touristiques visités (comme on vient de le dire)… ou même de
la vie en général. Par exemple, on n’a pas trop compris comment fonctionnait le
chauffage souterrain de la maison de Borgarnes… parce qu’on a eu chaud comme pas
possible. Et qu’on ne savait pas comment baisser le thermostat… thermostat
qu’on n’a jamais trouvé, d’ailleurs.
3. Application: à
force de regarder les menus au resto, on a fini par savoir ce qu’on mangeait.
Si c’était écrit «fiskur», ben, c’était du poisson. Si c’était «lambi», c’était
du mouton! On se servait de nos connaissances théoriques pour les appliquer à
des situations bien réelles!
4. Analyse: pour
qu’un problème se résolve, il faut analyser. C’est ce qu’on a fait à Akureyri,
lorsqu’on est arrivées à la cabane à Niels. Il n’y avait pas d’eau, malgré le
fait qu’on suivait les indications données par Niels. Alors, on a appliqué nos
connaissances en gestion de l’eau … On a suivi le tuyau qui entrait dans la
maison pour arriver au bout : le tuyau n’était pas branché à la source! On
pouvait ben ne pas avoir d’eau!!!
5. Évaluation: On
a regardé nos photos, le soir venu, et on essayait de se rappeler. Avec la
quantité de photos que Stéphanie a prise, ça nous a donné pas mal d’ouvrage!
Une évaluation de chaque journée, en somme.
6. Synthèse: j’ai
écrit le blogue tous les soirs, faisant ainsi une synthèse de la journée… ou de
n’importe quoi d’autres. Stéphanie a mis un tas de photos sur Facebook. Une
jolie synthèse. Du moins, un essai de synthèse.
Nous avons aussi mis à profit des différents types de
connaissances développées lorsqu’on apprend.
Connaissances
déclaratives
On sait des choses.
Stéphanie m’a fait de l’enseignement magistral, en moins de 20 minutes,
respectant la règle d’attention des 20 minutes. De toute façon, en conduisant,
je pouvais difficilement être attentive plus que ça!...
Connaissances
procédurales
Il faut appliquer une procédure connue à une nouvelle
situation. Par exemple, on sait faire l’épicerie au Québec; faire l’épicerie en
Islande relève de la même procédure... même si les termes sur les paquets ne
ressemblent à rien de ce qu’on connait. Alors, on a mangé du something haché, comme a dit Émilie. Il
y a la section des fruits et légumes (qui coutent une fortune!), celle de la viande,
du congelé, des cannes, des produits laitiers… Et, comme au Québec, l’alcool
s’achète dans un magasin d’état, le Vindudin.
Connaissances
conditionnelles
On sait se faire à manger, même si ça prend des ingrédients
qu’on ne connait pas. Google Traduction fait des miracles pour savoir lire… Stéphanie
nous a fait de la sauce pour le something
haché, à partir de ses connaissances (nulles) en norvégien, parce que le sachet
était écrit en norvégien…
Parce qu’on est des pédagogues hors pair (je n’ai pas gagné
le prix d’excellence de la ministre pour rien, je vous le rappelle), on a aussi
varié nos méthodes pédagogiques pour construire les connaissances de l’autre,
ne reculant devant aucun obstacle!
Apprentissage par
problème
On se pose des questions, on émet des hypothèses. Tant sur
la provenance de l’eau chaude souterraine, de l’absence de fils électriques, la
pertinence des ponts à une seule voie, le mythe des elfes, l’existence des
phoques islandais, la présence des trolls, le prix de l’essence pour les
voitures… et surtout, tous les phénomènes géologiques croisés: les tremblements
de terre (300 par semaine, en moyenne), les volcans, les geysers, les marmites
de boue, les fumeroles, les champs de lave…
Pourquoi y a-t-il une maison, là, là, dans le milieu de nowhere? Pourquoi chaque maison, dans ce
milieu de nowhere, a-t-elle une
église en bois à côté? À qui appartiennent les moutons qui paissent dans le
milieu de la route 1? Que veut dire le «M» lorsqu’il y a une huche pour
permettre aux voitures de se ranger sur le côté pour en laisser passer une
autre venant en sens inverse? Où notre guesthouse
est-il situé, lorsqu’on regarde une carte de l’agglomération?
Le problème, c’est la découverte du mode de vie islandais…
La solution, c’est de se poser des questions!
Enseignement
magistral interactif
C’est surtout Stéphanie qui s’est livrée à ce type
d’enseignement. Comme elle avait accès aux livres et aux cartes, elle m’a fait
de l’enseignement magistral sur ce qu’on allait voir. Parce que je suis une
bonne étudiante avec de bonnes stratégies d’apprentissage, je lui posais des
questions pour alimenter les discussions (c’est la partie «interactive» de ce
type d’enseignement). Parfois, je la distrayais de son plan de leçon en lui
faisant remarquer que des moutons allaient traverser la route.
Classe inversée
Michaël et Émilie sont partis par le sud, nous, par le nord.
Alors, quand on s’est rencontrés, à Akureyri, on a échangé sur ce qu’on avait
vu et ce qu’on allait voir par la suite.
C’est pas de la classe inversée, ça? En tout cas, c’est du trajet inversé…
Pédagogie du projet
Ben, là. Juste le voyage, c’était un beau projet! On y
travaillé depuis janvier, mais l’apprentissage s’est surtout fait sur place.
Parce que, comme dans tout projet, il y a des trucs qui se sont déroulé comme
prévu et d’autres qui ont été surprenant. Par exemple, la température exécrable
du vendredi 8 juillet nous a obligées à revoir notre itinéraire et à consacrer
une journée de plus à la visite du parc du Vatnajökull. Il a donc fallu modifier
la suite de notre tour de l’ile…
Tutorat
On a rencontré un couple de Français qui nous a parlé des
oiseaux: où on devait aller pour les voir et voir quoi... C’est les puffins qui
nous intéressent. Comme on était quatre, on peut parler de tutorat par les
pairs : de voyageurs à voyageurs.
Même affaire lorsqu’on a parlé à une famille de Français
pour leur expliquer comment se préparer à aller dans un hot tub : il faut
prendre sa douche nu, se laver les aisselles, le sexe et les pieds. Et il y a
une matrone (ou un matron, du côté
des hommes) qui veille, pour s’assurer que la job est faite comme du monde.
Autre pays, autres mœurs, sans aucun doute.
On a vécu le plaisir d’apprendre: on n’a pas vraiment été
évaluées à la fin de notre séjour… Bien que, maintenant que nous sommes
revenues en sol québécois, les questions posées par les amis et la famille sont
une sorte d’évaluation qui nous oblige à structurer notre pensée, à aller
chercher l’information pertinente à transmettre. On doit raconter trois
semaines d’Islande en quelques minutes!!!
Mais attendez de voir les photos…





















